Le mythe de la Grèce blanche (Poche) - Histoire d'un rêve occidental

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Description du produit

La Grèce antique a longtemps été réputée « blanche », car l usure du temps avait fait disparaître les couleurs ornant les sculptures et reliefs pour ne laisser que le marbre blanc.
Dès la Renaissance, on célèbre la blancheur des statues exhumées et on en fait des copies, blanches elles aussi. Cet impérialisme esthétique du blanc trouve une expression radicale dans le développement des discours racistes exaltant la figure de l homme occidental blanc, dont la filiation remonte à l Antiquité classique. Les couleurs sont dès lors la marque dégradante de l autre, du « métèque ».
Mais les dernières technologies donnent les preuves matérielles de la présence sur les uvres grecques de polychromie et d or. Pourtant, il y a encore des réactions incrédules, voire dégoûtées (trop « kitsch »). Et certains archéologues continuent de passer au kärcher les derniers témoignages du goût des anciens pour les couleurs.
Le livre raconte ce refus délibéré de nature esthétique, mais aussi politique et idéologique, des couleurs et vise à en comprendre les raisons.

Extrait

Extrait de l'avant-propos

Une Grèce blanche de papier

Les couvertures en papier glacé des magazines des agences de voyages et autres «tour-operators» nous ont rendu définitivement familière une Grèce blanche, d'une blancheur immaculée éclatant au soleil de l'Égée.
Le blanc de chaux des terrasses des bungalows cycladiques sur fond «bleu de Méditerranée» nous invite chaque printemps au Voyage en Grèce. Colonnes de retraités, jeunes amants en quête d'absolu, universitaires consciencieux, le Guide bleu ( !) dans une main, l'Odyssée d'Homère dans l'autre, couples quadragénaires appliqués avec enfants préadolescents, toutes et tous nous convergeons vers ce point lumineux du temps et de l'espace que sont le sol et la culture helléniques.
Dans l'éclat du Parthénon, le blanc des maisons, des îles et des marbres bruts de carrière, nous reconnaissons nos origines mêmes. Nous organisons notre retour aux sources supposées de notre culture. Dans une relation immédiate à la terre grecque, quasi instinctive, ce sont les origines mêmes de «l'Occident» que nous retrouvons. Nul dépaysement, nul exotisme non plus dans cette (dé)marche, mais bien une connivence postulée avec elle. Ici, d'ailleurs, le tourisme asiatique ou africain dérange.
Aller en Grèce, c'est revenir à soi. Certes, mais pas n'importe quand. Le voyage d'hiver est réservé aux admirateurs de Théos Angélopoulos. À eux et à eux seuls la pluie, les brumes automnales, le béton gris des villes moyennes construites sous les colonels. Non ! Seul L'Été grec vaut passage, ici. Un éternel été grec, tant les ruines, blanches elles aussi, effacent le temps.
Mais bientôt s'impose un constat : l'homme grec ici fait écran. Le Grec moderne, obstacle bruyant et haut en couleurs, s'interpose entre «elle» et nous. Dans le brun trapu au poil noir et dru qui nous rend la monnaie, nous refusons de reconnaître le lointain descendant de l'Apollon du Belvédère ou de l'Hermès de Praxitèle. La langue grecque elle-même paraît dénaturée : les esprits, ces petits signes sur les lettres, en ont disparu. Le doux et le rude ont été effacés. L'accent grave n'est plus. La réforme orthographique des années 1980 impose à tous sa monotonie. Les tournures anglo-saxonnes en altèrent aujourd'hui la «pureté». Comme le firent le français, un siècle auparavant, ou les «langues barbares», comprenons «ottomanes», encore avant. Nous pleurons Homère et ses hexamètres dactyliques. Dans tout autre pays, nous reconnaîtrions dans cette évolution de la langue la marque du vivant même. Mais ici la bigarrure linguistique «fait tache».
Nous pensons alors trouver refuge au Musée : lui seul conserve encore les blanches images de ces origines perdues. Les «idoles» cycladiques, si bien (sur)nommées, à peine taillées dans un éclat de marbre de Paros ou de Naxos, représentent à elles seules d'authentiques «poèmes de marbre», elles posent une fois pour toutes le mythe de la Grèce blanche. Un mythe ensuite décliné, au fil des siècles et des salles d'exposition de sculptures en marbre blanc. Un matériau aide, en effet, à cette construction mythique : le marbre. Sa structure cristalline, inaltérable, la renforce, garante de sa pérennité. À peine transformé, détaché en éclats du gisement brut, il étincelle.

Revue de presse

Comment la riche polychromie de l'art grec antique a-t-elle pu être oubliée ? Des Romains aux romantiques, l'historien Philippe Jockey mène l'enquête...
Mais loin de se limiter à restituer au monde grec sa polychromie oubliée, Philippe Jockey analyse le processus qui a conduit à considérer l'Antiquité de la sorte : c'est à l'archéologie de ce " blanchiment " que la plus grande partie de l'ouvrage est consacrée...
Alimentée par les rêveries romantiques d'un Chateaubriand, cette mystique de la Grèce blanche se radicalise encore dans la première moitié du XXe siècle et Charles Maurras peut, sans vergogne, faire l'éloge de la " blanche Athènes " dans son Voyage d'Athènes, publié en 1939, refusant en miroir le cosmopolitisme et la bigarrure orientale. Il faut attendre l'après-guerre pour que l'illusion se dissipe, même si la plupart des touristes croient encore aujourd'hui, dur comme pierre, à une Antiquité blanche comme le marbre. Au terme de cette enquête généalogique, Philippe Jockey apporte en définitive la meilleure des réponses au constat attristé que Marguerite Yourcenar dressait à propos des études grecques en général : " On n'a que faire de cette trop parfaite statue taillée dans un marbre trop blanc. " (Vincent Azoulay - Le Monde du 13 juin 2013)

Présentation de l'éditeur

La Grèce antique a longtemps été réputée « blanche », car l usure du temps avait fait disparaître les couleurs ornant les sculptures et reliefs pour ne laisser que le marbre blanc.
Dès la Renaissance, on célèbre la blancheur des statues exhumées et on en fait des copies, blanches elles aussi. Cet impérialisme esthétique du blanc trouve une expression radicale dans le développement des discours racistes exaltant la figure de l homme occidental blanc, dont la filiation remonte à l Antiquité classique. Les couleurs sont dès lors la marque dégradante de l autre, du « métèque ».
Mais les dernières technologies donnent les preuves matérielles de la présence sur les uvres grecques de polychromie et d or. Pourtant, il y a encore des réactions incrédules, voire dégoûtées (trop « kitsch »). Et certains archéologues continuent de passer au kärcher les derniers témoignages du goût des anciens pour les couleurs.
Le livre raconte ce refus délibéré de nature esthétique, mais aussi politique et idéologique, des couleurs et vise à en comprendre les raisons.

Biographie de l'auteur

Ancien membre de l École française d Athènes, Philippe Jockey est professeur d histoire et de civilisation grecques à l'Université de Provence (Aix-Marseille I), dont il dirige également le Département d histoire. Il est aussi membre de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme et participe aux fouilles sur l île de Délos
Ses recherches portent principalement sur l'histoire des techniques antiques (artisanat de la pierre). Depuis plusieurs années, il travaille notamment sur la polychromie de la sculpture grecque.
Il a publié plusieurs ouvrages sur l archéologie et l antiquité méditerranéenne (Le Cavalier bleu, Hachette) et son ouvrage L Archéologie, paru aux Éditions Belin dans la collection « Sujets » en 1999 et plusieurs fois réimprimé, a reçu le prix Salomon Reinach de l Académie des Inscriptions et Belles Lettres.

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